CONFERENCE M/M (PARIS)

© Le Sucre

Le Sucre recevait deux pointures créatives le 12 Mars. J’ai nommé M/M (Paris), autrement dit Michaël Amzalag et Mathias Augustyniak. Le duo travaille ensemble depuis une vingtaine d’années. Touches à tout, ils sont derrière beaucoup de projets artistiques dont on ignore au final la provenance. Pour ne citer que les noms les plus populaires et reconnus internationalement, M/M compte des collaborations avec Björk, Kanye West, Benjamin Biolay ou encore Madonna (oui, rien que ça). La soirée du 12 Mars était l’occasion rêvée pour rencontrer ces cerveaux originaux.
Trente minutes de retard pour ma part, je me place à l’arrière au milieu des quelques sièges vides. D’emblée, je trouve la disposition des sièges très mal pensée. Un simple décalage et tout le monde verrait sans grand effort ce qui se passe sur la scène au lieu d’avoir vue sur les cheveux de son voisin de devant. Il reste désagréable d’écouter une voix que l’on ne voit pas. Mais bon, on se contente de ce qu’on a.
© Björk, www.sahmata.wordpress.com
La conférence suit son cours, on en apprend sur les débuts spontanés des deux M, de vagues collaborations. J’ai surtout l’impression qu’on touche un peu à tout sans véritablement rentrer dans le vif du sujet. On est venus en apprendre sur la relation entre le graphisme et la musique, on n’a pas besoin de nous rappeler comment se fait une pochette de disque.
On tourne autour du pot avec l’exemple de la collaboration qu’ils ont eu avec Björk et qui leur a valu un Grammy Award, et les rapports qu'ils ont avec Benjamin Biolay. On pense tenir le fil que l’on attendait... en vain.
S'en suit l’exercice plus-cliché-tu-meurs des dix questions aussi courtes qu’inutiles. - « Quelle est votre insulte préférée ? » - « Enculé ». Ah, ravis de le savoir. Les trois quarts des questions ont à peine trouvé leurs réponses que le micro passe dans le public. Deux questions pertinentes sont posées. Je commence à trouver la conférence enfin intéressante et puis plus rien. On nous remercie d’être venus. Venus pour quoi ? Pour trop peu, au final. Neuf euros que j’ai au travers de la gorge et une bonne dose de déception que j’ai du mal à avaler.

http://www.mmparis.com

HER : UN PEU, BEAUCOUP, PASSIONNEMENT… VIRTUELLEMENT.

© www.focusfilm.co.uk


« Le cœur a ses raisons que la raison ignore », dit le fameux dicton. « Her » arrive sur nos écrans avec la ferme intention de lui donner une nouvelle forme. L’histoire dans laquelle s’engouffre Theodore Twombly n’a pratiquement rien de ce que l’on vit aujourd’hui. Spike Jonze illustre la possibilité d’aimer autrement, différemment. Oui, mais comment ?
Un Los Angeles futuriste aux allures de mégalopole asiatique comme toile de fond. Une ambiance presque spatiale. Des protagonistes habillés de lignes aussi pures qu’abstraites, autant droites que simples. Les couleurs vacillent du pop au pastel : une modernité aux accents passés.
© www.spin.com


En pleine reconstruction après la désillusion d’un mariage et de rendez-vous ratés, notre héros moustachu se cherche. Le monde qui l’entoure est encore plus dépendant à la technologie que maintenant. Nos smartphones semblent bien loin.
Et puis l’apparition d’un logiciel chamboule sa routine. Il se laisse aller, intrigué par cette voix suave emplie d’humour (de Scarlett Johansson). Un charme difficilement détectable apparaît pour donner naissance à cette idylle moderne. La voix de Samantha prend possession de l’espace de Theodore et guide son quotidien comme pour lui donner un souffle nouveau. Mais très vite la barrière du virtuel entre en jeu. L’amour spirituel ne cesse de s’élever, le désir aussi. Comment l’assouvir ? La problématique de l’amour charnel est mise à mal par la situation. Mais chut ! J’en ai déjà trop dit. Le but n’est pas de vous raconter cette jolie histoire, plutôt de vous donner envie d’aller la voir.
L’intérêt est entier. Spike Jonze aborde l’un des sujets les plus traités de l’Histoire : l’amour. Ceci dit, j’ai envie d’y voir autre chose. J’ai envie de voir combien les relations humaines sont paradoxales, combien dans un futur proche la technologie sera omniprésente autour de nous et en nous. J’ai envie de voir la complexité de la vie et pourquoi pas, à plus grande échelle, la philosophie.
Spike Jonze signe, avec « Her », un récit atypique. Joaquin Phoenix fait baigner son personnage dans une sphère emplie d’humour, de mélancolie, de joie, d’amour et de tout autre sentiment que la vie nous amène à éprouver. Le scénario, le jeu et la réalisation de « Her » forment un tout. Un tout qui n’est pas sans rappeler un univers poétique que Spike sait peser. Je fais référence ici à l’adaptation du conte pour enfants de Maurice Sendak, « Where The Wild Things Are »,  qu’il avait réalisé en 2009. Il crée des bulles intemporelles, des mondes aux frontières du notre qui ont cette atmosphère supplémentaire qui les élève.
Les cinq nominations aux Oscars n’y sont pas pour rien. Mon article élogieux non plus. « Her » est une belle réalisation qui mérite d’être vue, ne serait-ce que pour les questionnements qu’elle suscite. Foncez au cinéma vous faire votre propre idée, il est en salle depuis le 19 Mars !

FOCUS : DISCLOSURE, 19 MARS 2014, TRANSBORDEUR

© www.inbackstagewith.com
Arrivée deux heures avant l’ouverture des portes du Transbordeur, je m’installe comme à mon habitude et m’occupe. Autour de moi gravitent des petits groupes d’amis aussi venus en avance pour assister à l’un des concerts les plus attendus de ce début d’année.
Il va sans dire que Disclosure qui ramène sa fraise dans notre belle ville lyonnaise, ça n’arrive pas tous les jours ! Ces deux frères « from the UK », comme ils se plaisent à dire, occupent le podium de la scène électro internationale. En à peine trois ans ils sont passés de leur banlieue londonienne aux scènes à échelle mondiale.
18 heures : la file d’attente se met en place et des groupes d’ados pré-pubères arrivent par vagues, à brailler de tous les côtés. Je comprends vite que le public de Disclosure est plus hétéroclite que je ne pensais.
19 heures : l’heure fatidique de l’ouverture des portes. Le chahut ambiant prend de l’ampleur, l’excitation et l’empressement se font ressentir. Pas moins de trente minutes après être rentrés, la première partie assurée par le DJ Redlight commence. La salle n’est pas encore pleine, mais le compatriote londonien des frères Lawrence se lance. Les premières basses vibrent et nous voilà enrôlés dans un set d’une heure. Ce Brodinski anglais livre un mix aux influences multiples : de la pure House à des intonations carrément plus Hip-Hop old school et R&B. 20h30 sonne la fin et son départ se fait aussi discret que son arrivée.

L’attente qui suit pour Disclosure reste assez longue à mon goût – confirmée par les rumeurs du public. Le concert commence enfin, par une lumière blanche oppressante et aveuglante. Guy et Howard entrent en scène et entament leur version remixée de « F For You » en featuring avec Mary J. Blige : le ton est donné d’entrée par l’un de leurs titres phares. S’en suit toute la version live de leur album Settle entrecoupée de trop peu d’interventions des frères. Seul le plus jeune glisse quelques mots d’attention mais au final il y a peu de communication tant entre les deux brothers qu’entre eux et nous. Qu’il en soit ainsi. Les sets s’enchaînent sur un fond de scénographie aussi élégant que douteux par moments.
La disposition de la scène rendait bien compte de la dualité musicale de Disclosure. Presque faces à faces de part et d'autre de leur emblème : cette tête féminine graphique propre à leur identité. Elle apparait par moments dans des mises en scène aux thématiques colorées mais dont certains graphismes laissaient à désirer - par leur symbolique et leur réalisation. Un choix affirmé au-delà d'une simple volonté ? Ma foi, tant que le son est bon ! 
La fin approche à grands coups de synthé quand ils lancent la reprise de « Help Me Lose My Mind » érigée par la voix enchanteresse de Hannah Reid, figure de proue du groupe London Grammar. Le rappel ne se fait pas prier car ils quittent à peine la scène que « Latch » est annoncé. La frénésie s’empare du Transbo. Elle devra malheureusement redescendre aussi vite qu’elle est montée car le concert prend fin. Quelques remerciements confondus dans l’humilité – la timidité ? – des frères Lawrence et nous n’avons plus que nos corps lessivés pour rentrer.
De la chaleur de la salle à la fraicheur du dehors, de la lumière blanche au « white noise », des cris juvéniles du public adolescent aux vibrations des basses, le live marque en sensations. Des perceptions qui envahissent nos cinq sens dans leur acception la plus directe et concrète.