VISITER L'AFRIQUE

© Xavier Guardans,  © Frédéric De Woelmont 












Je ne sais par où commencer tant je suis fière de vous parler de ce projet. 
Je souhaitais au départ simplement le promouvoir et le partager. Mais en rédigeant l'article je n'ai pu m'empêcher d'y mêler quelques pistes de réflexion que je rumine depuis pas mal de temps maintenant.
Le continent africain est emprunt à un nouveau souffle. Après avoir été le terrain de siècles d’Histoire, l’Afrique est aujourd’hui toujours aussi déterminante pour le Monde. Je ne vous parlerais pas des effets néo-colonialistes, des puits de pétrole pillés, des mines de diamants prisées. Ni de la déforestation de la forêt équatoriale, d’énièmes plaintes face à la pauvreté et aux guerres. La liste est longue, pessimiste et non exhaustive. Ceci dit, je ne veux pas que l'on néglige pour autant les problématiques de cette Afrique contemporaine. Je souhaite aujourd’hui vous raconter le revers de cette médaille, ornée d’une face plus lumineuse.
Des dizaines d’années de fantasmes ont été construit par les agences de voyage. Des premiers explorateurs aux tours opérators, on a vendu de l’exotisme. Ah oui, ce fameux exotisme ! Ca dépayse, l’exotisme. C’est pas comme chez nous, l’exotique. Diane Audrey Ngako fait partie de ceux qui souhaitent changer cette image. Camerounaise aujourd’hui résidente en France, elle a monté une petite équipe autour du projet « Visiter l’Afrique ». Ce site internet, rattaché à plusieurs réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Facebook, Pinterest), est participatif. Vous pouvez partager vos escapades africaines sous plusieurs formes : des articles, des conseils, des recommandations ou des photos. En effet, le site contient, en plus d’articles d’internautes, une galerie photo. Diane et son équipe sélectionnent une série de photographies de professionnels pour nous faire découvrir leur travail. Ainsi, le regard que l’on porte est démultiplié, que ce soit par la diversité des supports utilisés ou de l’origine de ses auteurs.
La page Facebook est très active. On peut y retrouver tout type d'information en rapport avec le monde africain. Le compte Instagram est agrémenté quotidiennement des instantanés d’internautes passés aux quatre coins du continent. L’un d’entre eux est choisi parfois pour prendre les rênes et poster pendant une semaine des photos d’un même pays ou d’une même ville. Je vois ce processus comme un enrichissement visuel. Quant à leur Twitter, il relaie les publications des deux autres plateformes. J'insiste sur le fait que tout le monde peut y participer - car après tout, "on n'est jamais si bien servi que par soi-même". Et c’est d’autant plus vrai qu’on n’a pas besoin d’être un grand artiste ou poète pour faire partie de cette jolie aventure. Peu importe d’où l’on vient, notre âge, notre sexe ou je ne sais quelle autre caractéristique sociale, « Visiter l’Afrique » est accessible à tous.
Dernièrement, ils proposent d’accélérer la cadence car les contributions spontanées ne suffisent plus. L’idée de cette fin d’année est d’anticiper en choisissant quelques destinations qu’ils vont promouvoir. Ils cherchent aussi à agrémenter certaines destinations sur lesquelles ils manquent de contenu comme le Tchad, Madagascar, la Centrafrique etc. 
A bon entendeur... 

Tombouctou, Mali © Sibylle Bergemann
Saint-Louis, Sénégal © Olivier Martel
Fleuve Gambie, Gambie © Jason Florio
 Zarzis, Tunisie © Olivier Martel

La mondialisation fait tourner notre planète à une cadence encore jamais atteinte jusqu’ici. Dans ce monde globalisé, le territoire africain est emprunt à bon nombre de changements. Ces derniers ne tiennent pas que du développement (économique). Il faut savoir rester vigilants car ce serait appliquer la notion de développement sous le prisme occidental. Une société ne se définit pas que sur le plan économique. Qu’en est-il de la politique, de la santé, de l’éducation : du social, tout simplement ? Oui, l’argent régit tous les secteurs de nos jours. Mais il y a des exceptions et donc d’autres moyens d’agir et de faire. On n’utilise plus le terme de « sous-développement », mais « en voie de développement » est-il plus judicieux ? La notion de développement la plus diffusée reste l’occidentale. Lors d’une conférence au festival Mode d’Emploi (en Rhône-Alpes, annuel et gratuit), l’anthropologue Maurice Godelier a défendu l’idée que les pays du Sud iront contre ce paradigme des pays du Nord et qu'ils montreront que l'on peut se moderniser sans s'occidentaliser. Dans un futur  - que nous espérons proche - les pays émergents concevront un modèle de développement adapté à l'exactitude de leurs enjeux. Il y a une réelle volonté de créer d’autres solutions.
Je suis d’avis qu’aborder ces visions nouvelles par quelque chose de divertissant est une bonne entrée en matière. Par les voyages, on peut interpeller davantage de personnes. Pour la plupart d’entre nous, il est plaisant de découvrir sur le terrain ou virtuellement ce qu’il se passe ailleurs. Changer l’image de nos pays ou en tout cas la rendre plus véridique est donc nécessaire.
L’Afrique s’imprègne comme tous les continents de ce qui l’entoure et la traverse. Toutefois le tout est de réussir à ne pas bannir nos traditions pour autant. On ne peut pas tout ranger et classer dans des cases bien définies. Aujourd’hui cela ne prendrait aucun sens tant chaque société se complexifie. Il serait erroné de les réduire à la vision que l’on attribuait à chacune il y a cent ans voire plus. C’est pourquoi oui, il faut s’inspirer et ne pas négliger l’Histoire. Et je dis bien s’en inspirer, pour ne pas calquer les erreurs d’interprétation du passé.
Pourquoi en 2014 la dernière BMW côtoie une charrette sur une route mal aboutie dans ma ville dakaroise ? Pourquoi l’accessibilité à la téléphonie mobile se déploie plus vite que les écoles qui peinent encore à se propager ? Pourquoi, quoi d’autre ? Pourquoi...tant d’autres. Les questions sont aussi nombreuses que les paradoxes. Mais mon Afrique bouge, elle est en transition. Et c'est avec des projets comme cela, qui émergent depuis ces dernières années, que l’on peut rendre compte de sa réalité. Entre carnets de voyages, conseils pratiques et albums photos, « Visiter l’Afrique » est une pierre à l’édifice qu’une nouvelle génération s’atèle à construire.


Quelques photos issues du compte Instagram :



Petit bonus avec Travelnoire, qui est centré sur les voyages à l'international de la diaspora africaine : une perspective plus globale et non moins intéressante. N'hésitez pas à partager des projets similaires si vous en connaissez !

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