LE REHAB NECESSAIRE A SASSOU-NGUESSO

© Contrepoints.org
Ce lundi 28, j’apprends qu’un énième président africain décide de rester sur son trône aussi vieux que lui. Est-ce une farce ? J’aurai bien aimé. Le peuple congolais aussi. Suite à trente années à la tête de la République du Congo (le Congo-Brazzaville), Denis Sassou-Nguesso a l’ambition impertinente de proposer un référendum. Il souhaite modifier la Constitution de 2002 interdisant l’accès au pouvoir à plus de 70 ans et au-delà de deux mandats. Effectivement, ça ne l’arrangeait pas. A 72 ans et ayant déjà usé ses deux jokers, Sassou-Nguesso ne compte pas laisser la présidence congolaise à un autre. Il faut dire que « l’infatigable bâtisseur », comme le surnomme son parti (Parti Congolais du Travail) n’a que faire de la raison. Il n’y a pas d’âge pour gouverner, oui. Encore faudrait-il savoir s’arrêter. Infatigable ? Au vu de cette décision, je veux bien le croire. Bâtisseur ? A mon avis, il bâtit la forme plus que le fond. Car à travers le paradoxe de ce référendum pas si démocratique, il y a l’ironie de donner la parole à un peuple qu’il amoindri, sur une question dont il connaît déjà la réponse. 
Je remercie le Front pour l’Ordre Constitutionnel et l’Alternance Démocratique (FROCAD) et l’Union pour la Démocratie Congolaise (UDC) d’avoir su réagir tout de suite face à la nouvelle. J’ai d’autant plus apprécié le fait que le peuple congolais soit sorti dans les rues, à leurs côtés, pour clamer leur désaccord face à la présidence de Sassou-Nguesso. Cette présidence qui a pour socle coup d’état et monopartisme. 
« Sassoufi », disait un slogan des manifestations. Ce n’est pas s’en rappeler celles que j’ai connu au Sénégal en 2011. « Ca suffit ! Non à un 3e mandat », « Non à la Wadynastie », disaient-ils. A l’époque, Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 12 ans, a lui aussi voulu réformer la Constitution. Manque de pot, avec plus de 10 ans que Sassou-Nguesso, il valait mieux assurer sa succession. Il faut dire que certains dirigeants confondent république et royaume : deux mots qui ont la même racine, à savoir un R comme régner, mais dont la suite varie autant que l’interprétation qu’ils en font. Bref, Wade a donc implicitement voulu placer son fils Karim en vice-président dans l’espoir qu’il le remplace automatiquement. C’était la goutte d’eau de trop. Les Sénégalais, comme les Congolais, se sont soulevés. Malgré la confusion de la situation j’étais heureuse de voir mon peuple, d’habitude pacifique, faire entendre sa voix. Nous avons obtenu gain de cause et je souhaite le même sort au Congo-Brazzaville. 
Je n’aime pas cracher gratuitement sur un événement. Encore moins sur mon continent. Mais il faut atteindre la lucidité qui nous permettra de dépasser les frasques que la bêtise humaine met au service dans trop de nations. Il faut laisser à une génération le droit de faire exercer un autre pouvoir quand celui-ci ne fonctionne pas.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire